Quand j’étais petite, j’étais très colérique. Je réagissais vite, fort, et souvent sans filtre. Mais derrière cette colère, il y avait une profonde douleur : celle de ne pas être comprise. La seule personne qui me comprenait vraiment n’était plus là, et je me suis retrouvée entourée de gens qui ne semblaient ni me voir, ni m’écouter, ni se soucier de ce que je ressentais.
Comme je ne savais pas comment exprimer ce que je ressentais, tout sortait en colère. Une colère que je détestais ressentir, mais que je ne savais pas gérer. C’était trop lourd à porter. Et personne n’était là pour m’aider à mettre des mots, à canaliser ces émotions. Alors, à un moment donné, j’ai décidé de ne plus rien ressentir. Je me suis protégée en choisissant de ne plus rien laisser m’atteindre. Ne plus rien ressentir, c’était plus simple. Plus de jalousie, plus d’envie, plus de conflit intérieur. Juste le silence et une façade paisible.
Et ça a marché… un temps. Petite, ça m’a permis d’être cette fille calme, sage, silencieuse dans son coin. Mais en grandissant, j’ai continué à fonctionner comme ça. Dès qu’une situation pouvait réveiller une émotion trop forte, je lui tournais le dos. Je ne donnais plus d’importance à ce qui pouvait me blesser. Mais à force de ne plus rien ressentir… je suis devenue vide.
Quand j’ai rencontré Christ, tout a changé. Il m’a montré que refuser mes émotions, ce n’était pas vivre. Il m’a invitée à rouvrir la porte que j’avais fermée. Mais ce n’était pas magique : j’ai dû reprendre là où j’avais arrêté, c’est-à-dire à l’enfant que j’étais, incapable de gérer ses émotions. J’étais adulte, mais intérieurement, j’étais toujours cette petite fille qui ne savait pas quoi faire de sa colère, de sa tristesse, de sa peur.
Et c’était difficile. Très difficile. J’étais submergée. J’avais envie de fuir. Je me disais souvent : « C’était plus simple avant. Je veux redevenir l’ancienne moi. » Mais Dieu me disait : « Continue. » Alors je me donnais des délais : « Si à la fin de la semaine ça ne va pas mieux, j’abandonne. » Mais je continuais. Et chaque fois, Il me soutenait un peu plus.
Ce que je vivais, c’était exactement ce que le peuple d’Israël a vécu en sortant d’Égypte. Ils étaient enfin libres, mais le désert leur faisait peur. Ils ne savaient pas comment vivre autrement que dans la servitude. Alors à chaque épreuve, ils disaient à Moïse : « Pourquoi nous as-tu fait sortir d’Égypte ? » (Exode 14:11). Ils voulaient retourner dans ce qu’ils connaissaient, même si c’était l’esclavage. Parce que l’inconnu, même accompagné de Dieu, leur faisait plus peur que l’enfermement.
Moi aussi, je voulais retourner à mon Égypte intérieure. Là où je ne ressentais rien. Mais Dieu m’a appelée à avancer, à ressentir, à vivre pleinement… même si c’est inconfortable.
Petit à petit, j’ai appris à faire face à mes émotions. À m’arrêter et me demander : « Pourquoi je ressens ça ? » Et surtout, à apporter ces émotions à Dieu. « Seigneur, montre-moi pourquoi je ressens ça. Qu’est-ce que ça réveille en moi ? Et que veux-tu m’enseigner?»
En Lui donnant cet espace, j’ai découvert la maîtrise de soi. J’ai découvert la paix. J’ai aussi découvert la compassion envers les autres. Parce qu’en comprenant mes propres blessures, j’ai commencé à voir celles des autres. J’ai appris à prier pour eux, au lieu de réagir contre eux.
Aujourd’hui encore, ce n’est pas parfait. Parfois je suis encore prompte à réagir. Mais maintenant, je sais revenir, demander pardon, et choisir une autre réponse. Et surtout, je ne suis plus seule avec mes émotions. Dieu marche avec moi. Il transforme ce qui était brisé en moi, et le remet ensemble petit à petit pour me rendre vivante.
Et c’est ça la beauté du chemin avec Lui.
Et toi ? Comment gères tu tes émotions? Est-ce que tu les refoules, comme je le faisais? Est-ce que tu agis sous leur impulsion, les laissant te contrôler? Ou peut-être que tu t’en sers comme carburant pour être productif(ve)? La vérité, c’est que ces trois options sont tout aussi trompeuses. La première va t’anesthésier jusqu’à te faire mourir intérieurement. La deuxième t’attirera des ennuis (Nombres 20:7–12, Jean 18:10–11). Et la dernière, celle qui paraît souvent la plus « sage », peut en réalité être la plus toxique. Elle t’amènera inconsciemment à rechercher des émotions négatives juste pour te sentir inspiré(e) ou créatif(ve), ou elle te donnera l’illusion que tu as traité tes émotions alors que ce n’est pas le cas. (Cette dernière mériterait sans doute un article à elle seule.)
L’un des mensonges les plus profonds que nous croyons, c’est que nos émotions nous définissent. Nous avons peur de qui nous sommes parce que nous pensons que notre colère, c’est nous. Notre jalousie, c’est nous. Notre tristesse, c’est nous. Alors, si nous nous permettons de ressentir, nous avons l’impression de dévoiler une version de nous-mêmes qu’on préfère cacher. Nous sommes convaincus que ressentir révélera un monstre qu’il faut absolument dissimuler.
Mais Christ nous a montré ceci : nous ne sommes pas nos émotions. Nous sommes qui Il dit que nous sommes.
Les émotions ne définissent pas notre identité. Elles sont des indicateurs, pas des dictateurs. Elles peuvent nous aider à comprendre ce qui nous blesse, ce qui a besoin de guérison, ce qui requiert des limites ou du pardon. Mais elles n’ont pas à nous diriger. Et lorsque nous les remettons entre les mains de Dieu, elles deviennent des outils de croissance.
Fille d’Epiphaniya


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